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JAMES COCHRAN, UNE ESTHETIQUE DU RAPPROCHEMENT


Les arts plastiques sont un territoire étrange. Un champ de liberté novatrice dans lequel s'exercent, en même temps, des pressions normatives et des conformismes puissants qui s'alimentent de l'innovation elle-même. Cycle de la tendance dans lequel les propositions marginales d'hier, sous la houlette des critiques influents, deviennent les académismes d'aujourd'hui.

L'ambivalence entre création et convention sur la scène contemporaine n'est jamais mieux révélée que par l'intrusion d'objets réellement singuliers, issus d'une expérience et d'une pratique artistique autre. Les peintures de James Cochran, alias Jimmy C., offrent ce genre de révélation. En découvrant leur contenu propre - la représentation d'une certaine Australie contemporaine - et aussi l'image qu'elles nous renvoient de nos goûts et de nos conceptions d'européens en matière de peinture, il y a plaisir et surprise. Il y a confirmation, aussi, que dans le monde global de l'art, l'éloignement géographique reste porteur d'une géniale altérité. Celle-ci éclate dans la manière absolument originale dont Cochran revisite un large pan du patrimoine artistique occidental. La séduction un peu rude de ses toiles est redoublée par l'interrogation qu'il nous soumet, à 20 000 km de distance, sur notre rapport actuel à cet héritage.

Pour exister, il fallait que cette peinture vienne de loin : l'histoire et la pratique de JC ne sont pas transposables en Europe. On peut imaginer ici qu'un rejeton de la classe moyenne se retrouve homeless à l'adolescence et mène une existence marginale tout en pratiquant assidûment breakdance et graffiti. Il est également concevable que le même jeune homme se lasse de la rue et retrouve le chemin de l'université. Mais il est peu probable qu'il choisisse ensuite de se consacrer au graffiti et la peinture à l'huile, essayant d'élaborer une formule plastique qui mixerait caravagisme, graffiti, divisionnisme et réalisme social, le tout assaisonné de grandes giclées d'aérosol. Sur un mode strictement fun et parodique, ce serait à la rigueur admis ; mais un code tacite interdit à un jeune artiste de revisiter un jour le Caravage dans un style qui tient du copiste et du peintre forain, et le lendemain Seurat à la lumière du street art, tout cela dans la durée et sérieusement, ce qui ne veut pas dire sans humour mais avec de réelles ambitions poétiques et une foi solide dans l'impact social de l'image peinte. L'indifférence de Cochran aux tabous plastiques, aux règles esthétiques implicites, et en particulier sa manière de ne guère « questionner » son médium d'un point de vue conceptuel mais, au contraire, de s'y livrer (avec la confiance et l'énergie du graffeur) pourrait facilement passer pour de la naïveté dans le contexte actuel. Pourtant, Cochran est un artiste très lucide. Des oeuvres comme The Blinding of Paul, Francis in Ecstasy, Narcissus ou Revelations sont à la fois des portraits perspicaces et des réflexions ironiques et sensibles sur la spiritualité, la marginalité, l'intoxication ou la névrose. Ce sont aussi des méditations sur l'état de la culture contemporaine, cet énorme système de signes en quête de sens. Avec ses skaters ou ses homeless rejouant les postures du baroque, ses portraits de sans-papier ou d'aborigènes dans lesquels la lumière lointaine et diffractée de l'île de la Grande Jatte fusionne avec le dot-painting du désert australien, Cochran propose un ordonnancement des formes, un réseau de connections qui, tout en restant focalisé sur le monde contemporain, invente une continuité organique entre des univers plastiques disjoints. Loin des stratégies de rupture conceptuelles, il met en pratique, en quelque sorte, une théorie des conciliations et des rapprochements plastiques. Ne serait-ce qu'en cela, son oeuvre est d'une singularité et d'un intérêt qui justifient largement cette première exposition en Europe, où l'esthétique dominante serait plutôt celle de l'exclusive. Comme Darwin rapporta de son voyage dans l'hémisphère sud une compréhension nouvelle de la façon dont naissent les espèces animales, Cochran, depuis les mêmes régions, nous montre au prix de quelles mutations - ou métissages - l'héritage de la peinture demeure adapté à la réalité présente.






Antoine Pecquet 2006
























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